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Les tables rondes ont un caractère fort différent de celui des ateliers. En principe, on doit y débattre et faire participer l’auditoire. Ces qualités se sont retrouvées de façon assez variable dans les tables rondes auxquelles j’ai assisté.

Table ronde 2 : Bricolage entrepreneurial

La deuxième table ronde portait sur le thème du bricolage entrepreneurial, en le distinguant de l’approche habituelle. Voici comment cette réflexion était présentée dans le programme : « La recherche récente voit émerger un certain nombre de courants alternatifs aux approches mainstream de l’entrepreneuriat. C’est ainsi que l’on voit se développer des travaux sur l’effectuation, le bricolage, la sérendipité ou encore l’improvisation, pour décrire les comportements entrepreneuriaux. Ces concepts, proches de la réalité des dirigeants de petite entreprise, interrogent ainsi la vision classique de l’entrepreneur saisisseur d’opportunités et visionnaire à la fois. »

Avec un franc parler apprécié, Pierre-André Julien a invité les jeunes chercheurs  à examiner des aspects précis du processus entrepreneurial, de manière empirique, plutôt que de mener des études sur des concepts pas aussi nouveaux qu'ils le prétendent!

Une trentaine de personnes assistaient à cette table ronde au titre complexe : Bricolage, effectuation, sérendipité, improvisation – de nouveaux cadres théoriques pour la recherche en entrepreneuriat.

Le débat a surtout porté sur les distinctions théoriques entre chacune de ces variantes de l’improvisation dont tout entrepreneur doit savoir faire preuve dans la conduite des activités quotidiennes de son entreprise. Avec un franc-parler apprécié, Pierre-André Julien a invité les jeunes chercheurs à examiner des aspects précis du processus entrepreneurial, de manière empirique, plutôt que de mener des études sur des concepts pas aussi nouveaux qu’ils le prétendent! Après 40 ans de travaux de recherche et une renommée internationale, monsieur Julien peut certes s’autoriser à reprendre ses jeunes collègues.

 

Table ronde 3 : Identité et perspectives de la recherche francophone en entrepreneuriat et PME

La troisième table ronde portait sur l’identité et les perspectives de la recherche francophone en entrepreneuriat et PME. Une comparaison entre les publications dans les revues savantes francophones et anglophones nous a permis d’observer l’émergence de nouveaux thèmes comme l’entrepreneuriat féminin et l’entrepreneuriat international. On a pu voir qu’il existe un certain équilibre entre les différentes méthodes de recherche soit : les études de cas, les méthodes quantitatives, les méthodes qualitatives, et les autres méthodes, par exemple les réflexions théoriques. Si la recherche francophone est en expansion constante qui se reflète dans quelques publications, les chercheurs importants publient volontiers dans les revues savantes anglophones prestigieuses qui leur permettent d’accumuler des citations et des référencements. Il ne faut pas oublier que nous sommes ici dans l’univers de la recherche universitaire où règne l’obligation de publier dans des revues très restrictives dirigées par des pairs.

Table ronde 4 : Approches critiques en entrepreneuriat

La quatrième et dernière table ronde a certainement été la plus divertissante. Elle portait sur les approches critiques en entrepreneuriat : facettes et enjeux pour la communauté des chercheurs francophones. Nous avons pu obtenir diverses descriptions des principales méthodes qui remettent en cause les vérités implicites du discours managérial. Il est apparu au cours des débats que la problématique du pouvoir et du contrôle c’est-à-dire l’identification des dominations et des rapports de pouvoir était certainement au cœur de toutes les méthodes critiques et permettait de distinguer celles-ci des approches traditionnelles.

Qu’il s’agisse de déconstruire les évidences, d’adopter une posture de réflexivité, de confronter les rationalités multiples ou de dévoiler les conséquences des discours dominants, la critique consiste toujours à identifier l’idéologie sous-jacente aux récits sur la figure héroïque de l’entrepreneur tout-puissant, innovateur, mais aussi quelquefois narcissique, voire asocial. Cette critique comporte également un côté positif lorsqu’elle met en évidence le fait que les entrepreneurs ne cherchent pas seulement à maximiser leur profit, mais aussi à se réaliser comme personnes uniques, à s’émanciper de contraintes sociales et même à être porteur d’une certaine subversion. Si les référents de ces courants de pensée sortent un peu de l’ordinaire des théories de la gestion, c’est qu’on y rencontre souvent des philosophes, des sociologues et d’autres représentants des sciences humaines. À la limite, la figure héroïque de l’entrepreneur peut être culpabilisante puisque « si tu as vraiment la fibre tu persistes et tu réussis ! » C’est du moins le discours officiel.

Raymond-Robert Tremblay
Directeur général, novembre 2014